Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine

Subscribe to our mailing list

* indicates required

Redéfinir l’antisémitisme pour taire les défenseurs des droits des Palestiniens

7 décembre 2018 - Fiche-contexte

Alors que le monde se prépare à célébrer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et les 20 ans de la Déclaration de l’ONU sur les Défenseurs des droits, le Conseil de l’Union européenne s’apprête à adopter une déclaration sur la lutte contre l’antisémitisme qui limite la liberté d’expression des défenseurs des droits de l’Homme. Le Conseil demande effectivement aux Etats membres d’adopter ladite « définition de l’antisémitisme de l’IHRA », un outil visant à diffamer les organisations ou personnes défendant les droits des Palestiniens.



La « définition de l’antisémitisme de l’IHRA », c’est quoi ?

L’IHRA (Alliance Internationale pour le Souvenir de l’Holocauste) est une organisation internationale visant à promouvoir la mémoire de l’Holocauste. Le 26 mai 2016, elle a adopté en plénière (cela ne signifie pas que les 31 membres de l’IHRA ont adopté la définition) une « définition de travail de l’antisémitisme » non contraignante : « l’antisémitisme est une certaine perception des juifs qui pourrait s’exprimer à travers la haine envers les juifs. Les manifestations verbales et physiques d’antisémitisme peuvent être dirigées à l’encontre de juifs ou de non-juifs ainsi qu’envers leurs biens, envers des institutions de la communauté juive ou des bâtiments religieux ».

Cette définition est citée dans le communiqué de presse de l’IHRA dans un encadré et en gras au moment de son adoption. Le communiqué mentionne également des exemples, proposés et rédigés à l’origine par des lobbies pro-israéliens (comme l’American Jewish Committee), pour guider l’IHRA dans son travail. Or certains posent de graves problèmes pour la liberté d’expression sur la question israélo-palestinienne.

Un grave problème pour la liberté d’expression

Dès 2013, l’Agence européenne des droits fondamentaux retire la définition de son site Internet à cause de sa nature problématique. L’IHRA précise, elle, en 2017 que la définition est circonscrite au paragraphe encadré et ne comprend pas les exemples qui, eux, n’ont jamais été votés. Malgré cela, des groupes de pression pro-israéliens manipulent ces exemples pour les intégrer dans la définition et poussent les Etats et institutions publiques ou privées à adopter cette définition « élargie » dans le but de criminaliser et/ou entraver les personnes et organisations défendant les droits des Palestiniens et critiques des politiques israéliennes.

Au Royaume-Uni et en Allemagne, Etats ayant adopté la définition « élargie », des dizaines d’évènements de solidarité avec la Palestine ont été annulés sur le seul fondement de cette définition qui n’est pourtant pas contraignante juridiquement.

Plusieurs juristes ont averti des risques pour la liberté d’expression d’adopter la définition avec ses exemples. La Commission nationale consultative sur les droits de l’Homme (CNCDH) a recommandé, dans son rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie 2017, de ne pas adopter la définition incluant les exemples pour plusieurs raisons. 40 organisations juives ont récemment publié un appel demandant aux gouvernements de ne pas l’adopter, son but étant de « faire l’amalgame entre la critique légitime de l’Etat d’Israël ou la défense des droits des Palestiniens et l’antisémitisme, et ainsi supprimer ces derniers ».

Qui a adopté ladite « définition de l’antisémitisme de l’IHRA » ?

A ce jour 8 Etats européens l’ont adoptée : la Roumanie, l’Autriche, l’Allemagne, la Bulgarie, la Slovaquie, l’Italie, le Royaume-Uni et la Macédoine hors zone-UE. Les Etats-Unis l’ont également adoptée.

Au niveau des institutions européennes, la Commission européenne promeut la définition sur son site et le Parlement européen a adopté une résolution (non contraignante), en juin 2017, appelant les Etats membres à adopter « la définition de l’IHRA ». Enfin, le Conseil « Justice et affaires intérieures » de l’UE approuve définitivement un projet de déclaration, rédigé par le gouvernement d’extrême-droite autrichien et le Congrès juif mondial, le 6 décembre 2018. Le texte demande aux Etats membres d’adopter la définition IHRA et sera approuvé formellement par le Conseil de l’UE le 14 décembre 2018.

De nombreux partis politiques, universités et autorités locales ont également adopté la définition dite « IHRA ».

La France n’a pas adopté la définition mais le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) exige sa transposition en droit français. Pourtant, un arsenal législatif et juridique existe déjà bel et bien dans notre pays pour prévenir et réprimer l’antisémitisme. Cela révèle bien la volonté de manipuler l’antisémitisme pour criminaliser les défenseurs des droits des Palestiniens.

En savoir + :
Six Reasons why no one should adopt the so-called “EUMC” or IHRA Working Definition of Antisemitism
The “IHRA Working Definition of Antisemitism” Fact-sheet and Recommendations issued by ECCP (European Coordination of Committees and Associations for Palestine) and Free Speech on Israel


Crédits : Commission européenne



Documents à télécharger - Redéfinir l’antisémitisme pour taire les défenseurs des droits des Palestiniens - fiche-contexte
Partager / imprimer
Bouton Facebook Bouton Twitter Bouton PDF Bouton imprimer

Rechercher par thématique
Criminalisation Liberté d’expression UE/Israël Politique française

Rechercher par type de ressources
fiche-contexte


Articles associés

Campagne en cours


Dernières publications

13 décembre 2018 Quand le prix des Droits de l’Homme de la République française dérange les autorités de la République Défenseur.e des droits de l’Homme Diplomatie et droit international Politique française

12 décembre 2018 “Requiem pour Gaza” Bande de Gaza Culture / art Solidarité internationale

10 décembre 2018 Appel à action : le Conseil européen doit rejeter la « définition IHRA » de l’antisémitisme ! Criminalisation Liberté d’expression Politique française UE/Israël


> Toutes les publications