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Palestine occupée : lutter contre l’apartheid climatique

27 août 2019 - Al-Shabaka, Matan Kaminer, Basma Fahoum & Edo Konrad

Juillet 2019 a été, selon les climatologues européens, le mois le plus chaud jamais enregistré.



Un an à peine après que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies a publié son rapport historique avertissant d’une catastrophe climatique imminente, les températures ont atteint des niveaux sans précédent en Alaska et en Suède, les forêts ont brûlé en Sibérie, les glaciers ont fondus au Groenland et des villes entières en Inde ont manqué d’eau.

Face à la hausse des températures, la lutte contre la dégradation du climat et ses effets sur l’humanité est devenue une question clé pour les gouvernements, les politiciens et les mouvements pour la justice sociale dans le monde.

Israël-Palestine, située dans l’une des régions les plus chaudes du globe, devrait se réchauffer à un rythme encore plus rapide.

Les sondages auprès des Israéliens témoignent d’une grande indifférence à l’égard de la crise à venir, ce qui signifie que le gouvernement israélien fait face à peu de pression populaire sur cette question. Aucun sondage n’a été effectué dans les territoires palestiniens occupés, mais l’occupation actuelle de la Cisjordanie et le siège de Gaza aggravent à la fois le risque de catastrophe climatique pour les Palestiniens et rendent pratiquement impossible toute intervention de leur gouvernement dans ce domaine.

À la fin de l’année dernière, un groupe de chercheurs israéliens a publié la première prévision détaillée de ce que le changement climatique pourrait signifier pour Israël et la Palestine. Les résultats ont été effrayants : par rapport à la période de référence de 1981 à 2010, la période de 30 ans débutant en 2041 devrait voir les températures moyennes augmenter jusqu’à 2,5 degrés Celsius et les précipitations baisser jusqu’à 40 % dans les régions non arides du pays.

Selon l’un des chercheurs, le professeur Hadas Saaroni de l’Université de Tel Aviv, la chaleur et l’humidité que connaissent les Israéliens et les Palestiniens qui vivent le long de la côte ne feront que s’intensifier pendant les mois d’été. Nous avons déjà presque 24 heures de stress thermique en été, dit-elle, mais cela a actuellement tendance à diminuer le soir et la nuit. « Ça va empirer : le stress thermique sera énorme le jour et ne se calmera pas la nuit. » Et comme presque tout ce qui a trait aux changements climatiques, la chaleur ne sera pas répartie également. Des recherches récentes de la municipalité de Tel-Aviv-Jaffa prévoient que les températures dans le sud de la ville qui est pauvre seront jusqu’à sept degrés Celsius plus élevées que dans le nord, plus riche.

Alors que Saaroni est étonnamment optimiste quant aux effets du changement climatique sur l’élévation du niveau de la mer (« la mer montera d’environ un mètre, mais seulement d’ici la fin du siècle. La technologie nous permettra de nous y adapter »), elle et d’autres climatologues israéliens sont de plus en plus préoccupés par la désertification rampante du pays. Des températures plus élevées et moins de précipitations signifient que le désert, qui couvre déjà la majeure partie du pays, va s’étendre progressivement vers le nord, selon le professeur Marcelo Sternberg, également de l’Université de Tel Aviv.

Pourtant, sans recherches plus approfondies, il est difficile de dire jusqu’où ira la désertification. « Certaines recherches, dont la mienne, montrent que notre territoire supporte les variations naturelles de la pluviométrie », explique Sternberg. « Mais le changement climatique signifie des températures qui dépasseront les variations habituelles – et nous ne savons pas ce qui se passera alors. » Ce qui semble certain, c’est que les incendies de forêt, dont le pays a de plus en plus souffert ces dernières années, continueront à le ravager pendant les étés.

Lutter contre l’apartheid climatique

L’État de Palestine est signataire de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Mais en raison du régime militaire israélien en Cisjordanie et du blocus de la bande de Gaza, les Palestiniens n’ont pratiquement aucun contrôle sur leurs propres ressources naturelles, ne sont pas en mesure d’appliquer pleinement les traités ou d’entreprendre des projets nationaux, et ne peuvent élaborer des plans concrets pour s’adapter au changement climatique.

En Cisjordanie, c’est l’approvisionnement en eau qui est le plus vulnérable aux effets du changement climatique. Selon un rapport publié en 2013 par le groupe palestinien de défense des droits de l’homme Al-Haq, la consommation israélienne d’eau à usage domestique par habitant est quatre à cinq fois supérieure à celle de la population palestinienne des territoires occupés. Les colons israéliens en Cisjordanie consomment environ six fois plus d’eau que la population palestinienne vivant sur le même territoire.

Certaines communautés palestiniennes, en particulier celles qui vivent dans des zones de Cisjordanie sous contrôle militaire israélien total, ne sont reliées à aucune infrastructure d’approvisionnement en eau et doivent parcourir des kilomètres pour acheter de l’eau, qui est souvent chère et de qualité douteuse. Pendant ce temps, l’armée israélienne rend presque impossible la construction de nouvelles citernes d’eau, et celles construites sans permis sont régulièrement détruites par les autorités.

Selon Al-Haq, le secteur de l’eau dans les territoires occupés et en Israël se caractérise par une surexploitation très asymétrique des ressources en eau, l’épuisement des stocks d’eau, la détérioration de la qualité de l’eau et l’augmentation de la demande due à la forte croissance démographique. L’approvisionnement en eau par habitant diminue – un problème qui affecte surtout la population palestinienne.

Docteur Abdulrahman Tamimi, directeur général du Groupe d’hydrologie palestinien, affirme que si Israël a la capacité technologique d’adapter son secteur agricole aux changements climatiques, l’agriculture deviendra impraticable en Cisjordanie dans moins d’une décennie. La situation à Gaza est aggravée par le siège israélien qui a entraîné la surexploitation des ressources en eaux souterraines et l’épuisement croissant de l’aquifère côtier, tout cela a rendu 90 % de l’approvisionnement en eau impropre à la consommation humaine.

« Il n’y a aucun espoir pour Gaza tant que la situation politique n’est pas résolue », affirme Tamimi. Selon lui, dans les cinq ou six prochaines années, l’agriculture, l’infrastructure de l’eau et l’économie de Gaza seront dysfonctionnelles. Des solutions telles que le dessalement qui permettrait à la fois d’avoir de l’eau potable de bonne qualité et une irrigation régulière, sont un luxe que les habitants de Gaza ne peuvent tout simplement pas se permettre, explique Tamimi : « Qui peut payer 1,5 dollar le mètre cube d’eau ? »

« L’eau est déjà une ressource très rare dans la région », dit Zena Agha, chargée de recherche politique aux États-Unis avec le groupe de réflexion palestinien Al-Shabaka, qui étudie les effets conjugués du changement climatique et de l’occupation israélienne, « le changement climatique ne fait qu’ajouter une menace à toutes les autres. »

Agha dit que, en théorie, un accord de paix israélo-palestinien aurait dû permettre de résoudre la crise de l’eau en Cisjordanie. Au lieu de cela, les Accords d’Oslo, un ensemble d’accords intérimaires qui étaient censés aboutir à un accord sur le statut final il y a plus de deux décennies, ne font que l’exacerber. Au bout de compte, 80 % des sources d’eau dans les Territoires occupés sont sous contrôle israélien. Et les soldats israéliens détruisent régulièrement les petits systèmes traditionnels de collecte d’eau utilisés par les Palestiniens dans les zones de Cisjordanie laissées sous le contrôle militaire israélien total par Oslo.

« On voit se dessiner une politique officielle de vol de l’eau et des ressources, étayée et justifiée par un ensemble de lois, de politiques, de licences, de permis, et d’audiences judiciaires qui ont toutes pour but de voler l’eau palestinienne », dit Agha. « De plus, sur le terrain, les forces armées déclarent des territoires : zones militaire fermées, et volent directement les ressources. C’est ça la politique de l’État d’Israël. »

Pour Agha, la politique d’Israël en Cisjordanie équivaut à un « apartheid climatique ».

8 août 2019 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet


- Sur le site de Al-Shabaka

Visuel : Dans les territoires palestiniens sous occupation, le rationnement de l’eau est pour Israël une véritable arme de guerre - Photo : Archives




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