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« Ma pauvre Gaza. Le retour parmi les siens dans un cercueil »

6 octobre 2020 - Témoignage de Gaza

« Je suis Marwa Abulaban, Palestinienne habitante de Gaza. Professeur de français, j’exprime dans cette lettre notre situation actuelle à Gaza assiégée. »



Comme c’est tragique de parler d’une région du monde, privée de tout, et regardons comme est si tragique, la situation actuelle de cette terre et de son peuple, pour qui tout est dévasté ; son énergie, ses rêves et même ses vies.
Depuis tant d’années nous souffrons d’un blocus meurtrier qui nous dénie le droit de mener une vie normale, et en dépit de longues années écoulées, la variable du temps ne nous a guère permit de nous habituer ; hormis affirmer simplement, notre indéniable et inéluctable destinée selon laquelle nous vivons dans la bande de Gaza en Palestine.

Un monde sous Covid-19, et alors même que Gaza affronte les conséquences d’une pandémie, c’est sous un autre mal que son peuple y survit, sous celui d’une occupation brutale et d’un blocus immoral. La privation de la vie dans les droits les plus fondamentaux de ce peuple n’a jamais été une réalité acceptable. Croyez-vous qu’elle le sera d’autant plus avec le contexte de cette épidémie ?

Durant les multiples, quotidiennes agressions et les crimes de guerre, nous nous réfugions sans cesse à l’intérieur de nos maisons en raison de la menace d’un danger permanent, celui des bombardements. Actuellement, nous sommes à nouveau contraints de rester chez nous en raison de la menace d’un danger inédit et tout aussi permanent, celui d’un mystérieux virus.

Pour autant, ne croyez pas qu’antérieurement à ce Coronavirus nous faisions le tour du monde et traversions les points de passages comme si ces derniers étaient toujours ouverts des deux côtés d’une terre.

Ne croyez pas plus que la liberté d’aller et venir était celle qui était permise aux Palestiniens jusque-là. Nous vivons désormais, le blocus dans le blocus, le confinement dans le confinement. Je ne sais point quand nous allons vraiment nous libérer corps et âmes, sains et saufs de cet enfermement succédant à l’encerclement et enfin ouvrir nos portes intérieures pour enfin élever cette dignité qui nous est chère.

Environ 2,05 millions de personnes gazaouies doivent rester enfermées chez eux en raison du couvre-feu imposé chaque jour face au risque de contamination par le coronavirus qui règne autour d’eux. Ces citoyens restent tout autant et au même moment, entourés de chars, tout en faisant l’objet d’attaques brutales, sans distinction depuis des hélicoptères de combat.

Le Coronavirus aggrave ainsi la souffrance d’une population aux conditions de vie déjà extrêmement difficile du fait du siège et de la crise humanitaire, qui ont tant d’effets dévastateurs au terme de ce qu’impose l’occupation israélienne depuis de trop nombreuses années.

Certes, Gaza souffre dans sa lutte contre la propagation de coronavirus, et nous craignons toujours le risque de contamination par cette maladie, le risque de l’infection fatale et sa multiplication dramatique. Et pour cause, nous connaissons parfaitement les capacités sanitaires intérieures qui s’avèrent très limitées dans la bande de Gaza, et en particulier le manque de médicaments et d’équipements pour faire face au Covid-19.

En présence d’une culture du silence trop souvent manifestée autour de la question palestinienne, la conséquence du blocus s’accroît, ainsi que le risque de ne pas pouvoir disposer des services médicaux de base. Un contexte qui à terme provoquera plus de morts au sein de ce peuple et d’autant plus parmi ses porteurs de virus en des milliers de personnes victimes dans ce qui serait annonciateur d’un drame sanitaire. Nous vivons au plus fort des crises, et encore et toujours face à ce qui est une tyrannie d’Israël aux yeux du monde.

Ma journée est un mélange de problèmes et de craintes : des coupures d’électricité, des coupures d’eau, le manque de nourriture, l’arrêt du travail, la peur de l’épidémie, le bruit incessant des drones, l’isolement intérieur et extérieur, ainsi que les bombardements aériens qui avortent l’espoir de réalisation de la plupart de nos rêves imaginaires. Ces bombardements tyranniques, semeurs de morts, sournois et récurrents surviennent avec fracas chaque nuit depuis l’immensité sombre du ciel. Ces bombardements pour lesquels nous n’avons aucun pouvoir d’opposer la fin. En effet, nos esprits et nos cœurs sont tiraillés sans arrêts, au point de ne plus savoir quoi penser.

Ma pauvre Palestine, ceux qui devaient te défendre et défendre ta cause, deviennent l’un après l’autre, tels des esclaves donnant allégeance en faveur de ton ennemi. Ces esclaves voués au stratagème d’un tyran, qui n’auront dorénavant plus rien de bon en eux, fût-ce le poids d’un atome, puisqu’ils ont atteint le comble du mal. Ces sans dignité, ni honneur ne savent pas qu’ils ne sont qu’un jeu et des pions entre les mains d’Israël et que le jour viendra sans doute où ils seront à jamais déçus. Il faut qu’ils sachent que la Palestine est la nôtre, elle n’est pas à vendre et Jérusalem est sa capitale.

Que dire de cette Égypte et de son attitude envers les palestiniens de Gaza assiégés ? Que dire lorsque la marine égyptienne tire le feu sur trois pêcheurs, pendant qu’ils ne faisaient que pêcher aux environs des frontières maritimes palestino-égyptiennes à Gaza ? Trois jeunes frères d’une même famille qui perdent la vie et pourtant incapable de faire le moindre mal, sauf à être dévoués corps et âmes à leur famille, cherchant à gagner leur vie, et à fournir les médicaments à leur père malade.

Des crises d’angoisse, des cris de douleur pour encore tant de morts innocents aux yeux de parents tout aussi innocents. Ces crises et ces cris qui s’élèvent à travers les monts et les vallées après avoir appris la tragique nouvelle de la mort de leurs deux fils (Hassan et Mahmoud) alors que le troisième (Yasser) a été blessé et arrêté.

Il est à noter que ce n’est pas la première fois, mais la cinquième reprise que l’Égypte attaque les pêcheurs palestiniens de Gaza et ceux de sa ville assiégée ; auparavant, Feras Meqdad (2015), Mostafa Abu Ouda (2018) sont tant de victimes de cette barbarie aveugle et inhumaine. Cette barbarie aveugle et inhumaine qui attristera toujours le cœur de voir encore tant de nos frères subir le même sort. N’y avait-t-il encore une fois de plus, pas d’autres moyens pour les sanctionner, les arrêter que celui de sévir par l’homicide arbitraire, quand bien même auraient-ils dépassés les frontières ? Quelle horreur et quelle indignité !

Nous n’oublions jamais ce qui arriva en 2019 et qui témoigne de l’ingratitude sournoise à ce jour, quand la police maritime palestinienne de Gaza avait secouru six pêcheurs égyptiens au moment où leur bateau s’est écrasé. Ce bateau qui fut emporté par le vent vers les plages de la Zone Centrale de la bande de Gaza.

L’hospitalité fraternelle faisant partie de notre tradition, nous les avons accueillis, nous avons été compréhensifs et généreux avec eux. Ces pêcheurs ont ressenti le bonheur de revenir parmi leurs familles munis de fleurs des retrouvailles. Ce bonheur que ne ressentiront jamais les nôtres dont le retour à leur terre et vers leur famille ne fut que par celui des cercueils.

C’est une même situation mise en parallèle mais dont le traitement est complètement différent. Comble du destin ces deux âmes tuées de sang-froid, faisaient partie de l’équipe de secours maritime qui a participé fut un temps à sauver les pêcheurs égyptiens, et à faire ainsi le bonheur de leurs familles. Dès lors, ici, la tragédie est complète puisqu’elle emporte en définitive le digne d’esprit solidaire et le gentil. C’est pourtant comme cela que les frères agissent entre eux…

Sincèrement, je voudrais cessez d’en appeler à l’attention du monde sur notre sort car en vérité personne ne vit et ne ressent notre souffrance, notre peine ; et d’ailleurs comment ce monde pourrait-il les sentir ? Le seul moyen de sauver nos vies est de résister, et de faire la moindre des œuvres qui nous ait possible de faire, si ce n’est prier, car nous sommes croyants et nous croyons fermement que notre Dieu est notre seul protecteur, celui qui nous délivrera du mal et de la tyrannie de tout ennemi.

Finalement, je ne sais pas comment j’ai eu la force pour recommencer à écrire, car en vérité comme à chaque fois et sous l’empire d’une profonde émotion, je ne sais pas vraiment par où commencer. Toutefois, tout ce dont je suis sûre, ce que je sais et ce à quoi je crois, c’est que nos vies sont précieuses…

Marwa Jehad Abulaban, Palestinienne de Gaza, 2020


visuel : Les 3 frères tués sur leur bateau de pêche par l’armée égyptienne




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