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Des pays d’Europe se retournent contre Israël après des destructions en Cisjordanie

17 octobre 2017 - Piotr Smolar, Le Monde

L’initiative inédite de sept pays, dont la France, fait suite au démantèlement d’installations scolaires et solaires qu’ils avaient financées à hauteur de 30 000 euros.



Chaque mot a été âprement négocié. Le résultat final n’en reste pas moins important et risque de susciter la fureur du gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui ne dissimule pas son mépris pour l’Union européenne.

Pour la première fois, des membres de l’UE ont décidé de formaliser leur frustration par écrit, après la destruction d’équipements scolaires et la confiscation de panneaux solaires qu’ils avaient financés, en Cisjordanie. Il ne s’agit pas d’une simple protestation, mais d’une demande de compensation pour le préjudice subi, soit 31 252 euros. « Nous espérons toujours que nos demandes de restitution pourront être satisfaites sans préconditions dès que possible, sinon Israël devra fournir une compensation sans tarder », écrivent les signataires d’une lettre qui doit être remise les jours prochains au ministère israélien des affaires étrangères, et dont Le Monde a eu connaissance.

Ces pays – Belgique, France, Italie, Espagne, Suède, Luxembourg et Irlande – sont, avec le Danemark, les bailleurs d’un consortium humanitaire européen, qui intervient en urgence, par le biais d’un groupe d’ONG, auprès des communautés menacées de déplacement forcé par Israël, en zone C (60 % de la Cisjordanie) et à Jérusalem-Est. Au premier rang de ces communautés figurent les Bédouins.

« Obstruction »

« La pratique de mesures coercitives comme les démolitions et les confiscations de biens humanitaires, dont des infrastructures scolaires, et l’obstruction à l’acheminement d’assistance humanitaire sont contraires aux engagements [d’Israël] du point de vue du droit international […] et causent des souffrances aux Palestiniens ordinaires », notent les signataires. Lundi 16 octobre, le Danemark était le seul membre du consortium à ne pas avoir encore donné son aval à la démarche. L’Union européenne attendait elle-même l’unanimité pour suivre.

Dans la lettre, les membres du consortium font référence à deux événements survenus au cours de l’été. Le 9 août, l’administration civile israélienne, qui contrôle la zone C, a démantelé et confisqué dix panneaux solaires qui alimentaient la garderie et l’école à Abou Nouwar, près de Jérusalem. Au total, 90 enfants en ont été affectés. Puis, le 22 août, six salles de classe en préfabriqué, installées dans la communauté de Jubbet Al-Dhib, près de Bethléem, ont été démontées et saisies, à la veille de la rentrée scolaire, pour 64 enfants.

Fin juin, dans ce même village non connecté au réseau électrique, Israël avait confisqué 96 panneaux solaires installés par les Pays-Bas pour un montant de près de 500 000 euros. Ils ont été restitués début septembre, après de vives protestations politiques.

La raison officielle est toujours la même : ces constructions ne disposent pas d’une autorisation préalable de la part des autorités israéliennes, sésame quasiment impossible à obtenir en zone C pour les Palestiniens – 1 % de leurs demandes ont été satisfaites entre 2014 et mi-2016. Selon l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC), 55 autres écoles en Cisjordanie sont ainsi menacées par un ordre de destruction.

La demande de compensation européenne n’est pas élevée, surtout par rapport aux sommes engagées par les Etats membres et l’UE au profit des Palestiniens. Depuis 2000, le service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO) a consacré à lui seul plus de 700 millions d’euros à des actions dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Mais cette initiative du consortium crée un précédent et place Israël devant ses responsabilités, l’Etat hébreu se réfugiant derrière des considérations juridiques et administratives qui diluent son statut de force occupante. Depuis 2009, le montant total des équipements financés par l’UE ou des Etats membres qu’Israël a démantelés et saisis s’élève à 1,2 million d’euros, dont 557 000 euros pour la seule année 2016. Le contentieux pourrait donc s’élargir, en cas d’escalade diplomatique.

Depuis début 2017, 344 structures palestiniennes ont été démolies, dont un tiers à Jérusalem-Est, provoquant le déplacement de près de 500 personnes. Celles financées par l’UE ou les Etats membres représentent près de 22 % du total. En 2016, année d’un pic exceptionnel, 1 094 structures palestiniennes avaient été démolies ou saisies, entraînant le déplacement de plus de
1 600 personnes, dont la moitié sont des enfants.

« Pas question de sanctions »

La Belgique, qui a financé pour 19 000 euros d’installations sur les 31 252 euros en cause, a joué un rôle moteur dans la mobilisation du consortium, en demandant l’application stricte des textes qui ont présidé à sa création. La France a décidé de se joindre à l’initiative après avoir au préalable effectué, à la demande de l’Elysée, une revue stratégique sur la zone C. Il s’agissait de rappeler noir sur blanc les positions de Paris sur le développement des colonies, les démolitions de constructions palestiniennes, etc. A la demande de l’Italie et de l’Espagne, attentives aux implications possibles de la lettre, certaines formulations ont été édulcorées.

« Cette initiative reste très douce, il n’est pas question d’actions en justice ou de sanctions, note une source très impliquée. Mais ça bloque chez certains membres de l’UE parce qu’ils refusent d’entrer dans un rapport de force avec Israël. Le consortium est l’un des rares instruments humanitaires efficaces en zone C. Le problème vient de la difficulté à mettre en pratique le cadre politique défini par l’UE, à un moment ou les Etats-Unis ont abandonné certaines lignes rouges, comme l’extension des constructions israéliennes en dehors des principaux blocs de colonies. » En somme, l’UE reste la seule puissance qui continue timidement de rappeler à Israël le périmètre du droit international, mais sans envisager de sanctions.

CC photo NORWEGIAN REFUGEE COUNCIL : Des panneaux solaires dans le village bédouin d’Abou Nouwar, que l’administration israélienne a démantelés en août.


- Le Monde


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