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Voici venu le film d’horreur familial

4 juillet 2013 - Sandrine Marques - Le Monde

Sorti la semaine dernière sur les écrans américains, coréens, britanniques ou encore australiens, le blockbuster apocalyptique World War Z est en passe de battre tous les records. Avec ses 200 millions de dollars de budget, le film a déjà engrangé plus de 110 millions de recettes en quelques jours. A ce titre, il effectue le meilleur démarrage observé depuis Avatar, de James Cameron (2009), ce dont se réjouit la Paramount, qui a d’ores et déjà annoncé une suite.
Le pari, pourtant, était loin d’être gagné. Précédé de rumeurs inquiétantes liées à des problèmes d’écriture, de dépassement de budget auxquels se sont agrégées des conditions difficiles de tournage contraignant le studio à repousser sa sortie de six mois, World War Z réunissait tous les ingrédients d’un fiasco annoncé.

Si la première superproduction de Plan B, compagnie créée par Brad Pitt, est toutefois parvenue à se hisser au sommet du box-office, c’est qu’elle a bénéficié d’une date de sortie opportune, coïncidant avec la saison des blockbusters aux Etats-Unis. Mais on reste circonspect face à ce film de zombies écrasé par le poids de ses ambiguïtés.

Adaptée d’un livre de Max Brooks (fils de Mel) et réalisée par le faiseur Marc Forster (Quantum of Solace), cette histoire de pandémie à l’échelle mondiale convoque une nouvelle figure de père de famille dans la peau d’un sauveur providentiel.

Après Tom Cruise (La Guerre des mondes), c’est à Brad Pitt de s’y coller. Il campe Gerry Lane, un ancien employé aux Nations unies qui reprend du service pour enrayer une épidémie foudroyante qui transforme ses congénères en morts-vivants. S’il échoue, sa femme et ses deux filles, réfugiées sur un porte-avions du gouvernement américain, devront quitter le navire pour la terre ferme où la menace fait rage.

Comme un défi au chaos qui l’environne, l’acteur-producteur arbore une coupe de cheveux mi-longue, lisse en toutes circonstances, et sillonne la planète tel un James Bond aux prises avec des créatures, non pas de rêve, mais sérieusement décaties.

Dès l’instant où l’action s’enclenche dans une scène d’ouverture assez spectaculaire de panique urbaine, tout le film va fonctionner selon une logique cumulative. » World action movie « collectionnant les destinations (Asie, Etats-Unis, Europe), World War Z entasse, compile et thésaurise corps, genres et idéologie douteuse. On aurait peine à qualifier cette production édulcorée de film de zombies, tant elle est expurgée de la violence propre au genre. Plan B et la Paramount ont inventé le film d’horreur familial.

World War Z est au film de zombies ce que le porno soft est au film hard : une pudibonderie qui dénature considérablement la portée politique et organique inhérente au genre. La comparaison peut paraître audacieuse, mais quand on sait que les scènes violentes seront visibles dans l’édition DVD (comme l’a annoncé la productrice Dede Gardner), le rapprochement se tient.

Il n’y a guère trace, dans le film de Marc Forster, de la nature subversive des films gore de George Romero (Zombie, La Nuit des morts-vivants), dont le sous-texte marxisant en faisait de passionnantes paraboles sur la société de consommation. World War Z n’est pas dépourvu de discours politique pour autant. Mais lorsque celui-ci se manifeste enfin, on reste bouche bée.

S’enquérant de l’endroit le plus sûr de la planète auprès de militaires, Gerry Lane file sur leurs conseils à Jérusalem. Le territoire a été préservé de l’invasion zombie grâce à la barrière de séparation érigée par les Israéliens contre les terroristes palestiniens. Le mur de la honte comme atout géopolitique ? On n’en revient pas.

Sur ces entrefaites arrive un agent du Mossad qui se targue de la capacité d’anticipation des Israéliens, lesquels cohabitent par la force des choses et dans l’actuelle situation de crise, avec les Palestiniens. Film d’anticipation progressiste, se prend-on à penser, malgré l’épisode scabreux sur la lucidité politique des Israéliens ?

L’affaire achève de se compliquer quand une femme voilée s’empare d’un micro pour entamer un chant, bientôt relayée collectivement, côté arabe. Excités par le bruit, les zombies à l’extérieur de l’enceinte se mettent à s’entasser pour finalement envahir le sanctuaire. Les Palestiniens responsables de la violation d’un territoire jusqu’alors intact ? On laissera le spectateur juger de l’idéologie rance à l’oeuvre ici qui se double d’une belle part de misogynie, puisque celle à l’origine de la catastrophe est une femme.

Le film enfonce le clou du machisme quand l’épouse du héros déclenche à son tour une tuerie malgré elle, à cause d’un coup de téléphone inopportun, passé dans un moment de désoeuvrement.

Réac, machiste, World War Z est une altération du film de zombie qui s’achève sur un ultime empilement : celui de corps dans de vastes charniers auxquels on met le feu » pour régler le problème « . Image glaçante et cynique, à l’image d’un film d’action pure, dangereusement désinvolte.

Sandrine Marques

Film américain de Marc Forster.

Avec Brad Pitt, Mireille Enos, James Badge Dale (1 h 56).


- http://www.lemonde.fr/culture/artic...


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