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Palestine : de Jénine à Naplouse, la révolte bout contre l’occupation

14 novembre 2014 - Rosa Moussaoui pour l’Humanité, mercredi 12 novembre 2014

À force de jouer la carte de la provocation-répression, le premier ministre israélien et ses alliés ont attisé la colère d’un peuple palestinien 
plus résolu que jamais à obtenir ses droits.

Marco Bottelli/Pacific Press

Jérusalem-Est, Naplouse, Jénine (Palestine), envoyée spéciale. Imad Jawabreh avait vingt-deux ans. Hier, il est tombé sous les balles des soldats israéliens, touché en pleine poitrine aux abords du camp de réfugiés d’Al-Arroub, au nord d’Hébron. Après les attaques au couteau qui ont coûté, lundi, la vie à un militaire israélien à Tel-Aviv et à une habitante de la colonie de Goush Etzion, au sud de Jérusalem, l’armée d’occupation quadrille toute la Cisjordanie, prête à infliger aux Palestiniens une nouvelle punition collective, comme celle qui avait suivi, cet été, l’enlèvement et l’assassinat de trois jeunes colons. L’armée israélienne avait alors procédé à des centaines d’arrestations et semé la terreur dans les villes et camps de réfugiés de Cisjordanie, lugubre prélude de la guerre à Gaza. Ce déchaînement de violence avait encouragé les pires extrémistes israéliens, comme ceux qui ont capturé et brûlé vif le jeune Mohammed Abu Khdeir, un adolescent du quartier de Shuafat, à Jérusalem. Un nouveau cycle de violences est aujourd’hui enclenché, alors que les prémices d’un nouveau soulèvement palestinien, une troisième Intifada, disent certains, sont perceptibles. La fermeture, vendredi 31 octobre, de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, une première depuis l’annexion de 1967, a attisé la colère des Palestiniens, déjà excédés par les humiliations, l’occupation, l’accélération de la colonisation.

Affrontements à Hébron, photo AFP

La politique de punition collective, les habitants du camp de réfugiés d’Askar, à Naplouse, l’ont expérimentée eux aussi. Dans la nuit de lundi à mardi, l’armée israélienne a investi le camp, malmenant ses habitants, promettant de revenir bientôt pour détruire une maison  : celle de la famille du jeune Palestinien de dix-sept ans ayant poignardé un soldat israélien de vingt ans qui a succombé à ses blessures lundi, à Tel-Aviv. Le père et les trois frères de l’auteur du coup de poignard ont été arrêtés lors de cette incursion. Étudiant à l’université de Naplouse, Mohamed Asfar voit défiler de sinistres souvenir en évoquant ces événements. Il habitait le camp de Laskar jusqu’en 2003, lorsque l’armée israélienne a détruit sa maison. Il avait treize ans. Deux ans plus tôt, son visage et une de ses épaules avaient été brûlés par une explosion. «  Je suis né pendant la première Intifada et j’ai vécu la seconde. Je refuse de juger ceux qui sont poussés à la violence par cette vie de détenus dans une prison à ciel ouvert. Mais j’aspire à un large mouvement de résistance populaire et non violente. Les Israéliens ont le pouvoir, ils ont des armes, nous devons trouver de nouveaux moyens pour combattre l’occupation. Je garde l’espoir qu’un jour nous serons libres  », glisse-t-il. Prison à ciel ouvert… Mohamed Asfar vit à quelques dizaines de kilomètres seulement de Haïfa, où ses aïeux étaient établis, avant d’en être chassés en 1948. Jamais il n’a vu cette ville, berceau de sa famille. Elle se situe par-delà l’infranchissable mur qui balafre la Cisjordanie, enfermant les Palestiniens dans ce qui ressemble de plus en plus à un bantoustan. «  Je ne suis jamais allé, non plus, à Gaza, et j’ai mis les pieds pour la première fois à Jérusalem l’an dernier. Ils ont morcelé la Palestine en territoires séparés, entre lesquels il nous est interdit de circuler. En Cisjordanie même, les entraves créées par les colonies et leurs voies d’accès sont telles que nous vivons isolément, chacun dans son ghetto  », décrit Mohamed. Dans les rues de la vaste ville blanche dégringolant de la montagne, les véhicules des soldats israéliens passent à toute vitesse, annonçant de nouvelles opérations. S’approprier l’espace, entretenir un climat de peur, de répression et d’intimidation, voilà la stratégie de l’occupant, qui affronte chaque soir les nuées de gamins armés seulement de pierres et de pétards.

«  Tous les jours, des Palestiniens sont violentés, assassinés  »

À Jénine, à l’extrême nord de la Cisjordanie, règne le même climat de colère et de révolte. La ville et son camp de réfugiés ont perdu depuis bien longtemps la quiétude des jardins qui ont donné son nom à cette verdoyante vallée. Ici, même les prélèvements d’eau destinés à l’irrigation des cultures sont soumis à l’arbitraire des Israéliens. Dans le dédale de ruelles du camp, les maisons portent encore les stigmates des bombardements de 2002 qui ont semé la dévastation et la mort, faisant de Jénine une ville martyre. À l’ombre de toits toujours éventrés, de précaires murs de parpaings s’élèvent, témoins d’une laborieuse reconstruction. De souriants enfants improvisent des jeux de bouts de ficelle. Ils n’ont jamais vu la mer, pourtant si proche, à quelques battements d’ailes d’oiseau. Juste là, au cœur même de ce camp de réfugiés, des «  combattants de la liberté  », comme ils se baptisent, perpétuent un lieu d’utopie. Ceux qui font le Théâtre de la liberté de Jénine sont autant des artistes que des militants. Raison pour laquelle, sans doute, ce lieu de création s’attire les foudres des chefs militaires israéliens. Trois ans après l’assassinat de son fondateur, Juliano Mer-Khamis, c’est toujours un lieu de résistance politique. «  L’occupation ne se limite pas à l’appropriation des terres par la colonisation. Ils veulent aussi occuper notre culture, nos esprits, notre identité  », assure Habeeb Alraee, l’un des élèves du Théâtre. «  Ce qui se passe actuellement n’est qu’un retour de boomerang. Tous les jours, des Palestiniens sont intimidés, violentés, assassinés, assignés à résidence. Israël nous rend la vie impossible. Ils attaquent, ils détruisent. Ils volent jusqu’à nos rêves. C’est un désastre. Nous ne sommes pas des sanguinaires. Nous aimons la vie. Mais qu’on nous offre un espoir de paix dans lequel nous pourrons croire  !  » s’écrie-t-il. Acteur de la troupe, Faisal Abu Alheja pense aussi que «  ce sont les frustrations, la colère, les vexations, l’agressivité des colons qui sèment la violence  ». Lui veut croire, pourtant, que par-delà la violence, «  un mouvement citoyen, un mouvement de résistance politique et culturel prend forme contre l’occupation, contre les murs érigés dans les têtes, contre la volonté israélienne de détruire les Palestiniens en tant que peuple  ».

Trois ans après l’assassinat du fondateur du théâtre de la liberté de Jénine, Juliano Mer-Khamis, c’est toujours un lieu de résistance., photo AFP

Dehors, à l’ombre du Théâtre de la Liberté, Ahmad Toubasi porte en lui toute la mémoire récente du camp de réfugiés. Cet ancien prisonnier a passé quatre ans derrière les barreaux. Arrêté lors du siège de Jénine, en 2002, comme plusieurs centaines d’autres hommes, par l’armée israélienne, il a été jeté derrière les barreaux pour cause de sympathie supposée avec le Hamas et le djihad islamique. «  J’étais jugé dangereux pour Israël  », résume-t-il. Aujourd’hui, il dit appuyer «  tous ceux qui luttent, d’une manière ou d’une autre, contre l’occupation, quels que soient les moyens choisis  ». Mais, insiste-t-il, «  nous avons déjà connu deux Intifada, nous avons perdu sur tous les plans. Pour porter ses fruits, cette nouvelle Intifada doit impliquer tous les Palestiniens, elle doit prendre la forme d’un mouvement populaire qui nous rassemble tous, par-delà les clivages politiques  ».

Tous les regards sont tournés vers Jérusalem, épicentre de la tension

Mustapha Sheta est lui aussi un enfant de Jénine. Il a vu son père mourir sous ses yeux en 2002, emporté par le souffle d’une explosion. La guerre à Gaza, cet été, a ravivé chez lui de douloureuses blessures. «  Ce qui s’est passé cet été, là-bas, a bouleversé les Palestiniens et creusé encore l’abîme  », pense-t-il. Ce militant, très critique envers l’Autorité palestinienne, accusée de léthargie, se dit convaincu qu’un dangereux point de basculement est désormais atteint. «  Nous ne pouvons plus vivre sous une telle pression. Nous ne voulons plus de négociations qui nous mèneraient à de nouveaux renoncements, à de nouveaux reculs. Plus de tête-à-tête avec Israël appuyé par les États-Unis, et nous, isolés, sans appui, sans allié  », tranche-t-il, en appelant lui aussi de ses vœux un «  soulèvement populaire et pacifique  ».

Ici, comme partout en Cisjordanie, tous les regards sont tournés vers Jérusalem, épicentre de la tension. Sur cette ligne de faille politique, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, veut jouer la carte de l’affrontement religieux pour dénier aux Palestiniens le droit d’établir leur capitale à Jérusalem-Est. «  Ils veulent nous en chasser. C’est le sens de la destruction des maisons, de la construction de nouvelles colonies, de l’abandon de la partie est de la ville par les services municipaux, de la mise en service du tramway qui n’est qu’une façon de s’approprier les quartiers palestiniens  », tranche Ali, un habitant de la vieille ville, cœur des convulsions. Ce père de famille dit nourrir des craintes pour ses enfants. Vendredi, il a attendu durant trois heures la sortie des classes devant l’école Abdullah Bin Hussein, où étudie sa fille. Quelques heures plus tôt, devant cet établissement scolaire, une adolescente de quinze ans avait été passée à tabac par des extrémistes israéliens. Chaque soir, dans la partie palestinienne de la ville, flotte une âcre odeur de brûlé. Menaçants projecteurs des scènes qui se jouent à la nuit tombée, les faisceaux de lumière des hélicoptères survolant la ville éclairent les heurts entre les adolescents palestiniens et les soldats israéliens à peine plus âgés qu’eux.

l’ONU lance une enquête sur les attaques contre ses écoles. L’ONU a nommé lundi les membres d’une commission d’enquête interne chargée d’examiner les attaques menées contre 
des installations des Nations unies pendant l’offensive israélienne 
sur la bande de Gaza. 
Cette commission formée d’experts indépendants sera dirigée par Patrick Cammaert (Pays-Bas). 
Ils seront chargés d’ «  enquêter sur un certain nombre d’incidents ayant provoqué des morts et des blessés et des dégâts dans des locaux des Nations unies  » à Gaza entre le 8 juillet et le 26 août derniers. La commission examinera aussi «  des incidents au cours desquels des armes ont été découvertes dans des locaux de l’ONU  ». Au cours de l’offensive israélienne sur Gaza, trois écoles de l’ONU servant de refuge pour les déplacés palestiniens avaient été touchées par des frappes israéliennes.

L’appel de Marwan Barghouti « Pourquoi attendre  ? » a lancé de sa prison israélienne Marwan Barghouti, il faut « mettre fin immédiatement 
à la coopération sécuritaire ». « Poursuivre le choix de 
la résistance globale et armée », c’est « être fidèle à l’héritage d’Arafat », poursuit-il dans une lettre publiée par la presse. 20 % C’est le pourcentage, dans la population d’Israël, d’Arabes israéliens, dont les villages s’enflamment après la mort de Kheir Hamdane, tué sommairement par la police samedi.

troisième intifada ? « Si cette folie ne s’arrête pas maintenant, nous allons nous retrouver au même point que lors des jours sombres de la seconde Intifada. » Yedioth Ahronoth, quotidien israélien.

Source : http://www.humanite.fr/palestine-de-jenine-naplouse-la-revolte-bout-contre-loccupation-557404#sthash.UP1u8evt.gbpl



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