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« La Galilée d’abord » : la révolte des Israéliens arabes

7 février 2013 - Sam Bahour - Amin

La terrible réalité des Palestiniens en Israël [les Arabes d’Israël] – dans des endroits comme Acre, Haïfa, Nazareth ou le Néguev – ne se réduit pas à l’obligation de s’asseoir à l’arrière des bus ; ils aimeraient être la cible d’un racisme aussi flagrant. Pour eux, le racisme se manifeste à plusieurs niveaux, il est idéologique, bien camouflé, appuyé par l’Etat et permanent. Récemment, j’étais dans un village situé en Galilée, dans le nord d’Israël. C’est dans cette région que sont concentrés les citoyens palestiniens d’Israël. Cinq générations étaient présentes dans la pièce. Comme il fallait s’y attendre, la discussion a porté sur les citoyens palestiniens d’Israël et sur les discriminations systématiques et structurelles auxquelles les soumet le gouvernement israélien.

Un conflit caché

Les négociations bilatérales entre Palestiniens et Israéliens, connues sous l’infâme appellation de « processus de paix [des accords] d’Oslo », ont été lancées sous le slogan : « Gaza et Jéricho d’abord ! » L’idée était que l’Autorité palestinienne administre d’abord la Bande de Gaza et la ville de Jéricho avant que sa juridiction soit étendue à toutes les zones palestiniennes stipulées dans les accords.

Au cours des vingt interminables années qu’a duré le processus de paix, la mauvaise volonté d’Israël a détourné l’attention du monde, y compris de l’Autorité palestinienne, des discriminations auxquelles Israël se livrait sur son territoire. Israël ne cessait de resserrer son étau sur les villes et les villages palestiniens situés sur son territoire. Récemment, des organes de recherche internationaux comme l’International Crisis Group (ICG) ont fini par le reconnaître. Dans un rapport de mars 2012 intitulé « Retour aux fondamentaux : la minorité arabe d’Israël et le conflit israélo-palestinien », l’ICG écrivait :

« L’attention du monde reste focalisée sur le conflit israélo-palestinien, mais un conflit annexe couve à l’intérieur d’Israël. Il pourrait être tout aussi dangereux. Les relations internes entre Juifs et Arabes n’ont cessé de se détériorer depuis une décennie. La majorité juive considère de plus en plus la minorité palestinienne comme subversive, déloyale et, en raison de ses taux de natalité, comme une menace démographique. Les citoyens palestiniens sont politiquement marginalisés, économiquement défavorisés et plus que jamais réticents à accepter les inégalités systémiques et disposés à s’opposer au statu quo. »

De nombreuses terres inhabitées

Quand on voyage dans le nord d’Israël, une dure réalité saute aux yeux : le pays est vide. La plupart des terres qui forment l’Etat d’Israël, tel qu’il est reconnu par la communauté internationale, sont inhabitées. Le triste paradoxe est qu’à moins d’une heure de voiture du village où nous nous trouvions, des centaines de milliers de Palestiniens qui, depuis 1948, ne sont pas autorisés par Israël à rentrer chez eux, vivent dans de sordides camps de réfugiés, en attendant que le droit international et les résolutions de l’ONU réclamant leur retour soient respectés. Salman Abu Sitta, un chercheur palestinien, s’est informé sur la question de ces terres inhabitées que les réfugiés palestiniens considèrent comme les leurs. Il est indéniable que le fait d’autoriser ces derniers à rentrer chez eux n’engendrerait pas de grandes perturbations sur le sol israélien, mais cela menacerait la base même de l’existence d’Israël en tant qu’Etat exclusivement juif et créerait une majorité démographique palestinienne.

Rester sur place pour faire valoir ses droits

Quand on visite les villages palestiniens de Galilée, on est également surpris de constater que les collines sont parsemées d’implantations sécurisées d’Israéliens juifs et de réserves naturelles reconnues par l’Etat, les unes et les autres constituant une barrière physique qui entrave le développement naturel des communautés palestiniennes autochtones. Comme je venais des territoires occupés de Cisjordanie, tout cela m’a fortement rappelé les colonies juives illégales installées autour de chaque ville palestinienne. L’emplacement de ces deux types de colonies n’est pas fortuit ; c’est une arme géographique efficace pour stopper le développement des communautés palestiniennes.

Après des heures d’intenses discussions dans ce paisible village palestinien, un chercheur palestinien qui était resté silencieux jusque-là a pris la parole sur un ton posé mais catégorique. Il a affirmé que tout ce que nous venions de dire sur les préjudices causés par Israël aux Palestiniens vivant sur son territoire et dans les zones occupées était vrai, mais que les chiffres parlaient d’eux-mêmes. Au cours des soixante-quatre années écoulées depuis la création d’Israël, et en dépit de toutes ses tentatives pour forcer les Palestiniens à quitter le pays, la population de ce village avait augmenté selon les statiques israéliennes. Selon lui, tant que les Palestiniens vivraient sur ces terres, ils pourraient faire valoir leurs droits. Sur tout le chemin du retour, j’ai pensé à un slogan politique qui pourrait exprimer l’ampleur de la tragédie palestinienne : « La Galilée d’abord ! »


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