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Israël colonise davantage la Cisjordanie par l’agriculture que par la construction

26 septembre 2013 - Laurent Zecchini (Anata (Cisjordanie) - Le Monde

Taha Numan, le maire d’Anata, sait que son village est un cas d’école, mais pour un phénomène peu connu : la colonisation de la Cisjordanie par l’agriculture. Du moins jusqu’au rapport que vient de publier l’expert israélien Dror Etkes. Cet ancien du mouvement israélien La Paix maintenant a dressé le bilan de l’activité agricole en Cisjordanie de 1997 à 2012, passant au peigne fin, par des photos satellites et des enquêtes de terrain, les 9 300 hectares exploités par Israël sur des terres considérées par la communauté internationale comme palestiniennes.

Ses conclusions sont inédites : le développement agricole est un outil de colonisation bien plus efficace que l’implantation de colonies et d’« avant-postes » (les petites implantations), dont la surface totale ne représente, par comparaison, que 6 000 ha. La raison pour laquelle M. Etkes a choisi Anata pour illustrer le résultat de ses recherches est donnée par M. Numan : « Dans les années 1970, les terres dépendant d’Anata représentaient 3 139 ha ; aujourd’hui, il nous en reste 80. » Entre-temps, pas moins de sept colonies se sont installées autour de la localité, absorbant inexorablement ses terres agricoles.

Passé le grand « bloc de colonies » de Maalé Adoumim situé à l’est de Jérusalem, en direction de la mer Morte, il faut prendre la route 437 et tourner à gauche pour arriver à Anata. C’est une zone désertique avec, çà et là, les campements des Bédouins de la tribu Jahalin, qui tentent de résister à la volonté du gouvernement israélien de les déplacer, et peuplée aussi par les colons. Pour des raisons différentes, les uns et les autres sont des pions essentiels du plan stratégique israélien visant à sanctuariser la vallée du Jourdain, l’une des pommes de discorde des négociations israélo-palestiniennes en cours.

INITIATIVES TOURISTIQUES

Le rapport de Dror Etkes est éloquent à ce sujet : la carte des implantations agricoles israéliennes en Cisjordanie suit deux couloirs distincts. Le premier, très dense, remonte la vallée du Jourdain, du nord de la mer Morte au sud du lac de Tibériade, alors que le second épouse les contours de la route 60, principale artère reliant le nord et le sud de la Cisjordanie. Alors que les Palestiniens représentent 90 % de la population de la vallée du Jourdain, soit 80 000 personnes, ils n’ont pratiquement pas accès à leurs terres, qui ont été pour l’essentiel transférées aux colonies, où vivent 9 500 colons israéliens.

Un bédouin avec son chameau dans un camp près de Jéricho, en Cisjordanie .

Outre que toute la région est une zone militaire, la moitié de sa surface est classée « zone de tir » et 25 % de celle-ci sont considérés comme une « réserve naturelle ». Les initiatives touristiques (chemins pédestres notamment), ainsi que les « zones industrielles », qui hébergent la plupart du temps des centres commerciaux, sont d’autres moyens d’élargir le périmètre des colonies.

Au cours de sa longue enquête, M. Etkes a fait, ce qu’il appelle, une « découverte stupéfiante » : des milliers d’hectares dont Israël a pris le contrôle par différents moyens pour les transférer aux colonies « sont aujourd’hui loués à des fermiers palestiniens, lesquels doivent payer un loyer afin d’exploiter des terres données gratuitement aux colons » !

« STRATÉGIE À LONG TERME »

L’expert cite les nombreuses méthodes par lesquelles Israël a pris le contrôle des terres palestiniennes afin d’y construire des colonies ou d’étendre son domaine agricole : 1) Les ordres militaires de confiscation pour « raisons de sécurité ». 2) L’expropriation en raison d’une « utilisation publique » et le transfert à des colonies. 3) L’allocation de « terres d’Etat » à des colonies. 4) Le transfert de terres palestiniennes à des colonies en vertu de la « loi sur la propriété des absents » (propriétaires palestiniens qui ont quitté Israël pendant et après la guerre de 1967). 5) La réquisition de terres appartenant au Waqf (Office des biens musulmans) au profit des colons. 6) Des incitations aux sociétés israéliennes à acheter, par le biais d’intermédiaires, des terres palestiniennes.

Abou Salama et Ibrahim Abou Hamad, propriétaires à Anata, expliquent comment ils ont été dépossédés, l’un de 10 ha, l’autre de 6,5 ha. Ils pointent du doigt une parcelle en bordure de route, entourée de barbelés, en assurant que ce lopin de terre caillouteuse, d’où émergent de jeunes oliviers, a été annexé par des colons il y a tout juste deux mois.

Des tuyaux courent sur le sol : ils sont reliés à des canalisations d’eau qui viennent de Maalé Adoumim, elle-même connectée au réseau de Jérusalem. La « propriété » des colons sur ces terres est vite affichée : outre des clôtures et des barbelés, des fûts rouillés marquent le nouveau territoire agricole récupéré.

En cas de contestation, l’armée assume fermement son rôle de protection des citoyens israéliens, c’est-à-dire des colons. Dror Etkes souligne que, depuis 1997, la surface agricole contrôlée par Israël en Cisjordanie a augmenté de 35 %. Ce phénomène, insiste-t-il, « fait partie d’une stratégie à long terme, très bien financée, soutenue et encouragée par le gouvernement depuis des années, en dépit de l’illégalité flagrante de cette activité, y compris au regard de la loi israélienne ».


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