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Hany Abu-Assad, réalisateur d’“Omar” : “A travers le cinéma, je combats pour la liberté.

16 octobre 2013 - Propos recueillis par Frédéric Strauss - Télérama

Omar est un thriller d’un genre nouveau : un thriller palestinien. Comment le définir ?

C’est un mélange. J’ai voulu mêler la dynamique du thriller américain, l’esthétique du thriller français dans la tradition de Jean-Pierre Melville, et l’humour du thriller égyptien, qui est très divertissant. J’ai par ailleurs mélangé le thriller avec une histoire d’amour, ce qui ne va normalement pas ensemble. Je ne voulais pas simplement reprendre une tradition, mais créer quelque chose de nouveau, élever ce genre et lui donner une nouvelle dynamique.

Où avez-vous vu tous ces différents thrillers ?

A Nazareth, là où je suis né. Il y avait, quand j’étais jeune, un cinéma qui s’appelait le Diana. On pouvait y voir toutes sortes de films, des mélodrames turcs, des films d’action égyptiens, des films de série B américains ou des films de superhéros, et des thrillers. Mais pas beaucoup de films européens, malheureusement. Plus tard, un ciné-club a été créé à Nazareth, par un passionné qui montrait aux étudiants les films de Godard, Truffaut, Bertolucci, Visconti, Carlos Saura, Pasolini, Wim Wenders, Fassbinder, Ken Loach. Il les réunissait tous dans une famille qu’il appelait le cinéma alternatif. J’ai beaucoup appris grâce à ce ciné-club. Plus tard encore, j’ai fait des études d’ingénieur en Hollande et j’ai continué à explorer d’autres cinémas, notamment ceux d’Iran et de Chine.

Est-il encore possible de voir autant de films pour les jeunes de Nazareth aujourd’hui ?

C’est encore plus facile pour eux, ils téléchargent tout ce qu’ils veulent sur Internet. Mais ce n’est pas ça qui aide à rendre populaire ce qu’on pourrait appeler le cinéma alternatif d’aujourd’hui. Le Diana n’existe plus depuis les années 1980, c’est devenu une méga pharmacie. Je me dis toujours que si j’en avais les moyens, je la rachèterais pour en refaire un cinéma et y montrer des films intéressants.

Avant Omar, vous avez tourné un film d’action aux Etats-Unis, The Courier, qui n’est pas sorti en France. C’était une mauvaise expérience ?

C’était une expérience. On m’a proposé de venir tourner un film américain, pourquoi aurais-je dit non ? Je voulais tenter ça. J’ai échoué mais j’ai appris davantage par cet échec que par mes succès. Je n’aurais pas pu faire Omar sans ce passage par les Etats-Unis.

Omar est aussi un thriller politique. Peut-on dire que le film reflète, par-delà le suspense, un aspect du conflit israélo-palestinien ?
Oui. Pour écrire Omar, j’ai rencontré des gens qui avaient été emprisonnés, interrogés par les Israéliens et forcés de devenir des indicateurs, des collaborateurs. Maintenant, des Palestiniens me remercient d’avoir montré cela dans mon film. Cela me rassure car j’avais peur qu’on me dise que le film ne montrait pas la réalité, justement parce que c’est un thriller.
J’ai voulu utiliser la situation politique des Palestiniens, à la fois pour sa vérité, car il s’agissait de raconter l’histoire de gens qui pourraient vraiment exister, et en tant qu’obstacle servant la dynamique du récit. Le mur construit par les Israéliens en Cisjordanie était, pour cela, une image parfaite. Qui raconte à elle seule toute une réalité. Et qui représente l’obstacle, permet de le visualiser à l’image.
C’est une image qui a aussi quelque chose d’universel, et je voulais que le film puisse aussi être apprécié au-delà du présent où il se situe. Il s’agit de raconter une histoire qui dure depuis des siècles et n’est pas terminée. Une situation de domination où toutes sortes de techniques de pouvoir sont à l’œuvre pour priver les gens de leur dignité. Pour leur faire comprendre qu’ils sont impuissants et que la seule chose qu’il leur est possible de faire, c’est d’obéir aux règles.

Vous montrez cela dans votre film en prenant du recul. Vous n’êtes pas pris vous-même dans la dureté du conflit ?

Quand j’étais jeune, je voulais devenir un combattant pour la liberté. Ma liberté et celle des Palestiniens. Je voulais me battre, car qui d’autre le ferait pour moi ? Quand on est jeune, on n’a pas beaucoup de façons de s’emparer de la vie. Le combat en était une. Mais on ne peut pas se déclarer combattant tout seul, il faut être intégré à un mouvement. Ça ne s’est pas fait, pour des raisons finalement assez banales, notamment parce qu’on ne me trouvait pas la force physique pour ça. Alors, je me suis emparé de la vie à travers le cinéma. Et quand je l’ai fait, c’était toujours en me considérant comme un combattant pour la liberté. Mais avec les armes d’un réalisateur.

Photo : Eyad Houran et Adam Bakri, Omar. DR


- http://www.telerama.fr/cinema/hany-...


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