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Etat palestinien : créer le rapport des forces - Isabelle Avran

21 septembre 2011

La grande majorité des 193 Etats des Nations unies ont d’ores et déjà fait part de leur intention de reconnaître l’Etat de Palestine dans ses frontières de 1967 comme 194e membre. Que les Etats-Unis aient annoncé leur veto au Conseil de sécurité de l’Onu est une chose. Que l’UE appelle dès lors le Palestiniens à ne plus demander à l’Onu qu’une reconnaissance « médiane » de leurs droits en est une autre. La véritable question demeure bel et bien, avant et après le vote, celle du rapport de forces. Celui-là même que le mouvement de solidarité international, qui ne saurait substituer ses débats légitimes aux décisions souveraines du peuple palestinien quant à son avenir et à sa stratégie, porte la responsabilité de contribuer à faire évoluer.{{}}

Alternant accusations, pressions et menaces, les dirigeants israéliens se sont fixé un impératif : tout faire pour empêcher la reconnaissance par l’Onu de l’Etat palestinien indépendant dans ses frontières de 1967. Après vingt années d’une négociation de facto en tête-à-tête, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est bien décidée à demander l’adhésion de l’État de Palestine à l’assemblée générale de l’ONU, dans quelques jours, en ce mois de septembre, refusant d’en soumettre plus longtemps l’avènement à l’accord préalable de l’État qui l’occupe. Pour le ministre israélien des Finances, Youval Steinitz (Likoud), cette demande représenterait « une menace plus grave que celle du Hamas à Gaza », Gaza toujours assiégée et soumise aux raids réguliers de Tel-Aviv. Et de prévenir : un tel vote « ne resterait pas sans réponse d’Israël ». Au programme : l’entraînement militaire des colons et l’hypothèse, entre autres, de représailles économiques, comme la non restitution, déjà consacrée à plusieurs reprises, des taxes douanières pourtant dues à l’Autorité nationale palestinienne et qui constitue une part substantielle de son budget. Plus de dix-huit ans après la signature des accords intérimaires d’Oslo censés aboutir à une paix fondée sur la légalité internationale au plus tard cinq ans après, le Premier ministre Benjamin Netanyahu affirme sans rire : « La demande unilatérale des Palestiniens constitue une violation des engagements pris par les Palestiniens dans leurs accords signés avec Israël ». Comme si le refus israélien de respecter ce calendrier, la poursuite par Israël de l’occupation, l’intensification de la colonisation, particulièrement à Jérusalem-Est dépeuplée progressivement de ses habitants palestiniens, l’érection de plusieurs centaines de kilomètres de murs en Cisjordanie, le mépris continu des conventions de Genève, ne constituaient ni une politique de faits accomplis unilatéraux ni une violation meurtrière des accords signés depuis Oslo comme de la légalité internationale. Et comme si une reconnaissance par l’Onu pouvait relever de l’unilatéralisme. Ouzi Landau (d’Israël Beiteinou, le parti de droite nationaliste d’Avigdor Lieberman), ministre des Infrastructures nationales, prévient : « Nous devrions alors imposer notre souveraineté sur les secteurs des Territoires (palestiniens occupés) à propos desquels il y a un consensus en Israël (sic), c’est-à-dire la vallée du Jourdain et les grands blocs d’implantations, voire davantage ». Les menaces disent la mesure de l’enjeu.
En mai dernier, Benyamin Netanyahu a répété aux États-Unis, devant le Congrès, les grandes lignes de son projet, lequel se résume au refus des frontières de 1967, du démantèlement des colonies et même du gel de leur construction, du retrait de Jérusalem-Est et de toute reconnaissance des droits des réfugiés palestiniens. L’État palestinien qu’il se déclare prêt à accepter se résume à une suite d’enclaves sur une partie de la Cisjordanie, sans continuité, sans viabilité, sans Jérusalem. Et avec un blocus persistant de Gaza. Cette fuite en avant des dirigeants israéliens finit par irriter ses alliés eux-mêmes. Ou ses anciens alliés comme la Turquie, pilier de l’Otan et qui, après avoir vainement demandé des excuses officielles à Tel-Aviv pour son assaut meurtrier contre le « Mavi Marmara » en mai 2010, a annoncé la suspension de ses échanges avec Israël en matière de défense et son intention de saisir la justice internationale au sujet du siège israélien de Gaza. Une tension qui inquiète Washington.
La grande majorité des 193 Etats des Nations unies ont dès lors d’ores et déjà fait part de leur intention de reconnaître l’Etat de Palestine dans ses frontières de 1967 (Cisjordanie dont Jérusalem-Est et bande de Gaza, soit 22% du territoire de la Palestine mandataire) comme 194e membre. L’Europe, elle, tergiverse. Au nom d’une unité qu’elle ne parvient pourtant à instituer. L’Espagne et l’Irlande soutiennent le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et se sont dites prêtes à cette reconnaissance. Londres hésite. L’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Bulgarie, la Tchéquie… s’y opposent au nom de la primauté d’une négociation que les dirigeants israéliens s’acharnent pourtant à transformer en vain processus à perpétuité. La France a souligné quant à elle l’urgente nécessité de l’édification de l’Etat palestinien, qu’elle définit comme la meilleure garantie de la sécurité d’Israël, mais sa diplomatie louvoie. Tout en continuant à prôner lui aussi des pourparlers directs, Alain Juppé, maniant l’euphémisme, avait tout de même assuré qu’en cas d’insuccès Paris saurait prendre ses responsabilités à l’Onu. Aujourd’hui, la France, à l’instar de la Belgique, plaide en faveur d’une solution « médiane » censée éviter une division européenne, un chaos diplomatique international et un camouflet à Israël. L’Europe, et la France en particulier, savent ne plus pouvoir écarter la question. Mais Paris prétend tenter de convaincre les Palestiniens d’ajourner une nouvelle fois la proclamation de leur Etat plein et entier en ne réclamant qu’un statut « d’Etat non membre » de l’Onu, dont Tel-Aviv ne veut pas davantage. Singulier raisonnement. D’abord parce qu’il ne définit de possible unité européenne que fondée sur la soumission de ses Etats membres prêts à défendre le droit. Ensuite, parce que Paris, prenant acte de l’alignement américain sur le gouvernement israélien, renonce à défendre une position indépendante restituant à l’Europe un rôle politique. Et abdique de la détermination dont elle a pourtant su faire preuve à d’autres occasions. Enfin parce que, comme en 1999, année qui devait voir l’Etat proclamé en vertu des accords signés et en dépit, déjà, des retards accumulés, c’est sur les Palestiniens, non sur les dirigeants israéliens, que Paris entend de la sorte faire pression. En 1999, ayant déclaré sa disponibilité à reconnaître l’Etat palestinien « le moment venu », l’Europe à l’instar des Etats-Unis, fait pression sur la partie palestinienne pour qu’elle renonce à proclamer l’Etat indépendant à la veille des élections législatives anticipées israéliennes. Cette fois, Paris mettrait en garde les Palestiniens contre des lendemains que les sanglantes menaces israéliennes désenchanteraient. Sans mettre en cause l’illégitimité de telles intimidations ni envisager la moindre sanction, ne tenant compte ni des exigences du droit ni de celles d’une opinion publique internationale de plus en plus excédée de l’impunité dont jouit Tel-Aviv. Comment pourtant envisager que les Palestiniens n’exercent qu’un droit « médian » à l’autodétermination ? Que les Etats-Unis aient déjà annoncé leur veto au Conseil de sécurité de l’Onu est une chose. Que l’UE appelle dès lors le Palestiniens à ne plus demander à l’Onu qu’une reconnaissance « médiane » de leurs droits en est une autre.
En 1988, à la faveur de la première Intifada Yasser Arafat en appelait à la paix des braves entre deux Etats indépendants, Israël et Palestine, et le Conseil national palestinien (instance de l’OLP), dans l’unité, proclamait l’indépendance. Sa reconnaissance nécessaire demeure à l’ordre du jour. La stratégie de Salam Fayyad consiste précisément à appuyer la proclamation sur une reconnaissance officielle et par définition multilatérale par la communauté internationale de la coexistence des deux Etats. Une telle stratégie, quelle que soit l’appréciation de la politique de Salam Fayyad en particulier et de l’Autorité nationale palestinienne en général, bénéficie du soutien de la majorité de Fatah mais aussi, et au-delà même de l’OLP, d’une grande part du mouvement populaire et des ONG palestiniennes. Engagé dans un accord d’unité nationale pour laquelle la population palestinienne – et singulièrement la jeunesse - a manifesté au printemps et à l’été, Hamas ne s’y oppose pas, quels que soient les débats en son sein.
Ce qui n’empêche nullement débats et interrogations en Palestine et parmi les Palestiniens. Ils portent pour une part sur l’avenir des réfugiés et la défense de leurs droits, à l’issue de la diffusion du rapport du juriste Guy Goodwin-Gill, lequel questionne notamment le statut de l’OLP comme représentante du peuple palestinien après la proclamation de l’Etat de Palestine. En fait, le droit des réfugiés palestiniens et de leurs descendants est aussi un droit individuel. Et à ce titre inaliénable. Ciment constitutif de l’OLP dès sa naissance, la revendication du droit au retour n’a nulle vocation à s’éteindre au prétexte d’une victoire diplomatique concernant le statut étatique des territoires aujourd’hui occupés. Enfin, le Conseil législatif palestinien qui représente la population palestinienne dans le territoire actuellement occupé appelé à devenir Etat - dont les réfugiés qui y vivent - est de fait institutionnellement partie du Conseil national palestinien représentant l’ensemble du peuple palestinien. La reconnaissance de l’Etat palestinien indépendant n’épuisant pas les revendications du peuple palestinien quant à la mise en œuvre de l’ensemble de ses droits, l’OLP, mouvement de libération nationale, n’a pas davantage vocation à disparaître jusqu’à la signature d’une paix définitive. Et les résolutions pertinentes de l’Onu dont la 194, resteront à mettre en œuvre.
Autre sujet de débat : le périmètre du territoire sur lequel s’exercerait la souveraineté de l’Etat palestinien. L’occupation de la Palestine, la colonisation qui en accapare les terres et les ressources, le contrôle militaire qui y limite toute circulation, outre le siège de la bande de Gaza, ne risquent-ils pas de réduire l’Etat à une série de micro-enclaves ? C’est dans une démarche précisément inverse que s’inscrit la demande palestinienne, visant à faire reconnaître à la fois les frontières de 1967 de leur Etat et l’occupation de celui-ci.
Nul pour autant ne nourrit d’illusions sur les changements concrets, sur le terrain, qu’entraînerait ce bouleversement de statut diplomatique. Celui-ci, qui même en cas de veto des Etats-Unis aboutirait a minima à la reconnaissance d’un Etat « non membre » - à la condition d’un vote positif de la majorité qualifiée de l’Assemblée générale des Nations unies - permettrait cependant aux Palestiniens de participer de plein droit à toutes les agences de l’ONU, comme l’Unesco ou l’Unicef ou de saisir la Justice internationale et témoignerait d’une évolution du rapport des forces internationales. Une étape conséquente. Mais insuffisante, très en deçà de la mise en œuvre des droits nationaux palestiniens qui resteront à conquérir.
La véritable question demeure bel et bien, avant et après le vote, celle du rapport de forces. Celui-là même qui a manqué pour imposer à Israël, depuis le début de la négociation, que celle-ci se fonde sur le droit international et respecte les calendriers signés. Celui-là même qui fait défaut pour imposer la levée du blocus de Gaza comme le respect des recommandations de la Cour internationale de justice notamment à propos du mur. Celui-là même que le mouvement de solidarité international porte la responsabilité de contribuer à faire évoluer. Celui-là même cependant qui évolue, comme en témoigne l’existence même d’un tel débat à l’Onu. Depuis sa prison d’où il milite avec efficacité pour l’unité nationale palestinienne, Marwan Barghouti, fidèle à une démarche qu’il soutient depuis de nombreuses années, défend le principe de l’articulation entre diplomatie et résistance non violente et appelle à des marches dans toute la Palestine et au-delà le jour du débat à l’Assemblée générale de l’Onu. Le mouvement de solidarité internationale, qui ne saurait substituer ses débats légitimes aux décisions souveraines du peuple palestinien quant à son avenir et à sa stratégie, est appelé à faire massivement entendre cette voix du droit. Les peuples du monde arabe, en lutte pour la liberté, la justice et la démocratie ont ouvert une nouvelle page de leur histoire, soulevant les espoirs de toute la région et sans doute bien au-delà. Barack Obama a dû lui-même reconnaître qu’« au moment où les habitants du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord se débarrassent des fardeaux du passé, les efforts pour parvenir à une paix durable (...) sont plus urgents que jamais ». Une paix durable suppose de ne plus exclure le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination. Avec une prochaine étape : la reconnaissance de son Etat indépendant.

Isabelle Avran, le 8 septembre 2011.



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