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Dans la tête d’un Bédouin palestinien

2 octobre 2013 - Benjamin Barthe - Le Monde

Le 16 septembre, les forces d’occupation israéliennes sont venues détruire un hameau voisin, Khirbet Al-Makhoul. Une cinquantaine de personnes y résidaient, dont seize enfants. Quatre jours plus tard, une délégation diplomatique européenne a tenté de leur livrer des tentes et des bonbonnes d’eau. Mais des soldats israéliens lui ont barré le chemin.

Abou Ahmed était là. Il a assisté à ces scènes qui ont fait le tour du Web : les diplomates en pantalon de toile et lunettes de soleil qui parlementent avec les conscrits casqués, le M16 en bandoulière ; l’attachée de coopération du consulat de France, Marion Castaing, allongée dans le sable après avoir été extirpée manu militari du camion qu’elle conduisait ; les soldats qui repoussent violemment les Bédouins tentant de récupérer le matériel qui leur était destiné ; la diplomate française qui se relève et, dans un mouvement de colère, assène un petit coup de poing à l’un des militaires ; et finalement, l’armée qui s’empare du convoi humanitaire et quitte les lieux.

Ce n’est pas l’attitude des soldats israéliens qui trouble Abou Ahmed. Il sait que, dans la vallée du Jourdain, les Bédouins ne comptent pas pour grand-chose. Les accords d’Oslo ont classé la quasi-totalité de leurs terres en zone C. Une clause qui leur interdit d’y construire ne serait-ce qu’un enclos à chèvres sans le feu vert d’un bureaucrate israélien.

LE QUAI D’ORSAY FAIT PROFIL BAS

Au nom de la sécurité des colons juifs et de leurs projets d’expansion ou des besoins de l’armée, les demandes de permis des Bédouins sont quasi systématiquement rejetées. Sauf à quitter ces collines, qu’ils habitent depuis des décennies, ils sont obligés de bâtir "illégalement", s’exposant à des démolitions quasi routinières : 200 en 2011, dit l’ONU. Déjà 296 pour 2013.

Plus d’une fois, l’armée israélienne a saisi ou détruit de l’aide acheminée par les consulats européens. Mais c’est la première fois qu’elle entrave physiquement, brutalement, le travail de leurs diplomates. Abou Ahmed s’attendait à une protestation, mais il n’a rien entendu et c’est cela qui le plonge dans des abîmes de perplexité.

Plutôt que de dénoncer un nouveau manquement au droit humanitaire international, ou même une entorse à la convention de Vienne, qui codifie les bonnes manières diplomatiques, le Quai d’Orsay, s’estimant piégé par le coup de sang de sa diplomate, a opté pour le profil bas. Une tactique perdante, qui ne lui permettra même pas de la maintenir en poste puisque Mme Castaing a été priée de faire ses valises et de rentrer à Paris.

Abou Ahmed, qui a de la mémoire, se console avec le souvenir de Jacques Chirac à Jérusalem en 1996. Agacé par l’omniprésence de la sécurité israélienne, qui empêchait les Palestiniens de la vieille ville de venir le saluer, le président français avait poussé son fameux coup de gueule : "Do you want me to go back to my plane ?" Autres temps, autres mœurs.


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