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A Gaza, ne reconstruisons pas une prison

24 octobre 2014 - Tribune co-signées par des organisations humanitaires dont le CCFD, Handicap International et Médecins de Monde publiée dans Médiapart le 17 octobre 2014

Hôpitaux, écoles, infrastructures... Tout est à nouveau à refaire à Gaza, et il faudra désormais « engager la responsabilité des auteurs des destructions », plaident ensemble les responsables de Médecins du Monde, Première Urgence - Aide Médicale internationale, Handicap International, le CCFD -Terre solidaire, Médecins sans frontières et le Secours Islamique.

5,4 milliards de dollars ! C’est le montant de l’engagement historique promis par les pays donateurs lors de la Conférence du Caire le 12 octobre. Chacun saluera ce geste fort de solidarité. Mais les organisations humanitaires présentes sur le terrain ne peuvent se départir d’un sentiment de déjà-vu : les images de désolation, les hôpitaux, les écoles, les infrastructures que nous avons aidé à reconstruire à Gaza en 2009, puis en 2012, sont de nouveau en ruine. Nous étions déjà là. Nous avons déjà vu tout cela. Nous avons alerté dans le passé, comme nous le faisons aujourd’hui : ne reconstruisons pas une prison.

En 2009, Médecins du monde avait contribué à la réparation de 25 des 27 centres de santé endommagés pendant l’opération Plomb Durci. 20 de ces 25 centres ont été partiellement ou totalement détruits cet été, MdM se prépare donc à les réhabiliter. Durant les 51 jours de l’opération, Médecins sans Frontières a maintenu des équipes chirurgicales dans l’hôpital d’Al Shifa, en étroite collaboration avec le Ministère de la santé. Handicap International apporte des soins à des milliers de blessés pour éviter qu’un trop grand nombre ne développe un handicap permanent. Première Urgence - Aide Médicale Internationale continue de soutenir de petits exploitants agricoles - 75% du matériel délivré entre 2012 et 2013 ayant été détruit lors des combats. Les partenaires du CCFD - Terre Solidaire vont, comme après les précédentes offensives, offrir des espaces de jeu et d’études aux enfants et adolescents toujours plus traumatisés et dont beaucoup n’ont jamais pu sortir de Gaza. 22 des 37 écoles maternelles du programme nutrition du Secours Islamique de France ont été endommagées et 2 ont été entièrement détruites, mais les difficultés d’acheminement des matériaux de reconstruction liées au blocus rendent leur réhabilitation quasiment impossible.

Les besoins immédiats sont immenses, comme cela a été reconnu par la réponse financière de la communauté internationale. Nous voulons rappeler qu’au cours des 7 dernières années, la communauté internationale a dépensé des montants considérables sans pourtant parvenir à un progrès notable. Tel que souligné par le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, « un retour au status quo n’est pas une option ; c’est le moment pour un véritable changement ». Pour y parvenir, il faut que les pays donateurs, dont la France, lient cette aide, plus que jamais urgente et nécessaire, à un ensemble de principes directeurs. Le respect de ces principes est la condition indispensable pour que cette aide soit enfin efficace et qu’elle réduise durablement la dépendance de Gaza vis-à-vis de l’assistance extérieure.

Les Palestiniens sont évidemment les premiers acteurs de la reconstruction. Dans l’immédiat, l’accès rapide et sans entraves à Gaza doit être garanti pour tous les professionnels palestiniens (personnels de santé, psychologues, ingénieurs, etc.) de Cisjordanie, y compris de Jérusalem-Est. Le blocus mis en place par Israël a coupé la Bande de Gaza de la Cisjordanie alors que Gaza ne peut pas être reconstruite isolément. Depuis de longues années, les liens économiques, humains, universitaires sont devenus quasi-impossibles. Il est urgent d’ouvrir et de faciliter les passages vers et hors de Gaza depuis Israël et l’Egypte, afin d’encourager la mobilisation des ressources locales tout en dynamisant l’économie palestinienne.

De plus, la réponse internationale doit être conforme au Droit International Humanitaire (DIH) - les Etats tiers étant garants de son respect. Dans ce sens, ceux-ci, et donc la France, doivent s’assurer qu’Israël, en tant que puissance occupante, et que l’Egypte, en tant que pays frontalier, n’entravent pas les efforts de reconstruction. Les Etats tiers doivent aussi s’assurer que leur assistance ne perpétue pas une situation illégale. Ainsi, il revient à la communauté internationale de mettre fin à ce blocus. Elle doit mettre en œuvre des solutions alternatives si des obstacles majeurs à la reconstruction sont à nouveau constatés. Sans quoi, comme après Plomb Durci en 2009 et Pillier de Défense en 2012, la plus grande partie des projets de reconstruction ne pourront voir le jour du fait des restrictions de passage. Cet été, 88 000 logements à Gaza ont été détruits ou endommagés. Au rythme actuel de circulation des matériaux de construction, il faudra 18 ans pour importer les matériaux nécessaires à leur reconstruction. Entre 2010 et 2014, seulement 1 810 logements avaient pu être reconstruits, ce qui représentent 2 % des besoins actuels à Gaza.

Enfin, pour être durable, cette reconstruction devra aller de pair avec l’affirmation d’un principe de redevabilité et engager la responsabilité des auteurs des destructions. Laurent Fabius s’est exprimé dans ce sens : « Comment ne pas souligner la difficulté croissante à trouver les financements internationaux pour une reconstruction qui, dans le passé, a été appelée ensuite à une destruction-reconstruction à laquelle les auteurs de la destruction ne sont même pas appelés à contribuer financièrement. » La communauté internationale doit assortir son programme de reconstruction d’un calendrier et d’indicateurs qui lui permettront d’apprécier les progrès réalisés en termes d’allègement des restrictions de mouvement des personnes et des biens de première nécessité, comme un premier pas vers la levée totale du blocus.

Les efforts de reconstruction doivent être accompagnés de mesures politiques explicites. Les organisations humanitaires peuvent apporter aide et soins mais seule la communauté internationale peut mettre en place les conditions nécessaires à une amélioration durable dans la Bande de Gaza et contribuer ainsi à rétablir la dignité et l’espoir des Palestiniens.

Thierry Brigaud, président de Médecins du Monde
Florence Daunis, directrice des opérations de Handicap International Fédération
Rachid Lahlou, président fondateur du Secours Islamique France
Thierry Mauricet, directeur général de Première Urgence - Aide Médicale internationale
Bernard Pinaud, délégué général du CCFD – Terre solidaire
Meguerditch Terzian, président de Médecins sans frontières France

Source : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/171014/gaza-ne-reconstruisons-pas-une-prison



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